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La femme de la femme truite

décembre 16, 2009

La femme de la femme truite, c’est moi. Je voulais mettre les choses au clair parce qu’à force de minauder, de tortiller de la caudale, d’apostropher les pauvres pêcheurs et les autres, elle va finir par m’énerver.

Au début, ça m’a plutôt amusée cette histoire de truite qui attire mon mari dans les profondeurs de la rivière. Une femme sans sexe qui pond des milliers d’œufs en une seconde, un coït sans étreinte à 4 degrés Celsius… pas difficile d’avoir une longueur d’avance. Pourtant, cette façon de s’inviter perpétuellement dans ma vie, le week-end, pendant les vacances, à table, dans les livres, et maintenant dans un blog, je trouve ça… poisseux, poissonneux, enfin comme on veut, mais c’est trop !

Donc, j’ai décidé de donner ma version des faits, l’envers du décor, le monde de la pêche vu par la femme qui attend à l’autre bout de la ligne…

« Allo ? ça mord ? Pour ce soir, j’ai pensé à une blanquette de veau, ou tu préfères des côtelettes d’agneau ? » Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la question n’a rien de provocateur. Parce que la plupart du temps, mon mari fait dans le no-kill (sans tuer : on prend, on relâche). Ce qui aurait été franchement provocateur, en revanche, c’est de lui demander à quelle heure il rentre… Question totalement prohibée pour une femme de pêcheur. Comme disent les musulmans : « quand on ne peut plus distinguer un fil noir d’un fil blanc »… Vous me direz, il y a des heures d’ouverture et de fermeture. Oui, mais ça dépend des saisons, des régions, des sortes de poissons. Par exemple, en Islande, il fait jour pendant six mois de l’année. Et bien, on a le droit de pêcher nuit et jour. Mauvaise destination pour un voyage de noces.

Mon blog s’adresse donc à toutes les femmes de pêcheurs, les femmes de chasseurs aussi, et pourquoi pas les femmes de bricoleurs, enfin à toutes celles qui attendent et qui continuent d’aimer. Je veux leur faire part de mon expérience, je veux les rassurer : s’ils courent après les truites, les palombes ou les clous, s’ils avalent des kilomètres à bicyclette ou s’éclatent à moto, c’est tout simplement pour revivre la geste ancestrale de l’homme depuis Cro Magnon. Pendant ce temps, on lit Le Monde, on change les couches, on tricote, on écoute du Schubert (tout sauf la Truite), on pense à lui, qui ne peut pas s’empêcher de se demander ce qu’on pense de lui en l’attendant.

Et oui, madame la Truite, l’univers des hommes est complexe, et il vous faudra encore tâter de l’hameçon un bon moment avant de comprendre ce qui les agite de l’autre côté du miroir des eaux. En attendant, bonjour chez vous !