Articles avec le tag ‘Pêche’

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Vœux pieux

janvier 19, 2010

Si j’ai un conseil à vous donner en ce début d’année 2010, c’est surtout de ne pas présenter vos vœux à vos amis pêcheurs. Un innocent et bienveillant « bonne pêche » est si vite arrivé !  Et le « bonne pêche », vous qui ignorez tout de l’univers codé des fous de la gaule, est au pêcheur ce que le lapin est au marin ou le vert aux acteurs : une promesse de catastrophe assurée.

J’ai assisté plusieurs fois à la scène. Un ami ou un collègue, tout heureux de faire plaisir, lance la formule assassine avec la candeur d’un enfant qui n’a pas conscience d’avoir commis une énorme bêtise. Et d’un seul coup, le visage du pêcheur se décompose. Un grain menace de s’abattre sur une mer qui semblait, encore une seconde auparavant, des plus lisses. L’entourage se demande la raison de cette tempête soudaine. Le gaffeur rêverait d’être une truite pour filer sous le premier rocher venu. Naturellement, la riposte est graduée selon le degré de proximité de l’interlocuteur et la distance qui sépare le maudit de son prochain départ à la pêche. Ensuite, il y a cette épine fichée dans la tête du pêcheur. Chaque fois qu’il y pense, ça lui fait mal de se dire qu’il se prépare une sacrée bredouille, ce qui ne manque jamais de se produire ! Les rationnels, les athées, les intellectuels n’y échappent pas.

Comment des hommes qui s’appuient sur une technique aussi savante, de l’observation des stades de développement de l’éphémère à l’utilisation des matériaux les plus sophistiqués, peuvent-ils encore croire aux effets d’une pensée magique archaïque ? C’est que la pêche est un tapis vert permanent : on mise, on fait tourner la roulette et… ça sort, ou ça ne sort pas.

Femmes de pêcheurs, je vous vois venir. Vous méditez de souhaiter volontairement « bonne pêche » à votre moitié dans le secret espoir de ruiner sa saison pour le récupérer tout entier. Erreur ! les « bonne pêche » consciemment formulés ne marchent pas… Ce serait trop facile. Pour votre tranquillité, mieux vaut au contraire, prévenir votre entourage, éplucher les courriers, faire paravent de votre corps afin de recueillir directement les vœux de toute la famille. J’ai le souvenir d’un discret « bonne pêche », glissé entre deux portes après un dîner bien arrosé. L’intéressé, par chance, n’a rien entendu. Le lendemain, à son retour de pêche, il m’a annoncé fièrement six prises… Et  moi, j’ai ri sous cape.

Bonne année-êche !

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Le coup du soir

décembre 16, 2009

Quand on surprend ce genre de conversation la première fois, ça fait tout drôle :

« Alors, c’était comment ton coup du soir ?

- Nul, elles dormaient, elles s’étaient goinfrées toute la journée. Y en a bien une qui se serait laissée tenter, mais j’ai pas su m’y prendre. Et toi ?

- Au début, j’ai eu quelques touches timides, et après, l’orgie ! Ça gobait de tous les côtés. Je savais plus où donner de la tête. »

Et oui, ce territoire asexué que les pêcheurs adorent investir à la nuit tombée emprunte beaucoup au vocabulaire du sexe. Faut-il s’appesantir sur les doubles sens sans équivoque de ces cannes baptisées gaules, dont on compare la longueur en pieds et en pouces ? Avez-vous déjà ouvert une boîte de ces nouveaux leurres souples aux allures de sex toys, à franges, à bavettes, fluos, scintillants, ondulant, vibrant comme des jellys anglaises ?

En partant à la pêche, nos hommes rôdent leur discours amoureux. J’ajouterais, avec plus ou moins de finesse : la mouche me semble plus proche de l’amour courtois que le leurre, que je rangerais plutôt du côté des “hardeurs”. On cherche la bonne touche, on change de mouche ou d’emplacement avec la même excitation qu’on cause à la petite brunette ou à la grande blonde qu’on a repéré chez le marchand de légumes.

Et puis avec les truites, c’est plus facile d’être soi-même. Pas besoin d’être habillé, parfumé, rasé de frais. Au contraire, on en rajoute dans la régression pataude : le waders, cette espèce de pyjama couleur caca de bébé qui transforme un beau gars d’1 mètre 90 en Casimir caoutchouté, c’est la négation de la sensualité. Qu’importe, sous l’eau, elles ne voient que leur petit machin qui s’agite. Et là, dans ce drôle de Babygro flottant qui nous rappelle des jours anciens (je sais, j’ai essayé), c’est le bonheur… On avance dans le mouillé, sans être mouillé, comprimé par le volume, massé par le courant, avec cette impression bizarre qu’une voie d’eau va s’ouvrir, fatalement, à un moment ou un autre. Et puis, non, ça tient, on fait partie de l’élément liquide, on se fond dans la nature, complètement.

Voilà pourquoi ils se vengent des coups qu’ils ratent au coup du soir. Sans compter cette ultime analyse freudienne qu’aucun pêcheur ne pourra raisonnablement contester : pêcher, c’est jouer les Don Juan sans en payer les conséquences. Elle gobe, je ferre, je rejette, autant de fois que je veux. En ces temps où le couple est le fruit d’une union consentante, ça fait du bien de pouvoir se lâcher sans provoquer de remous chez soi. Enfin presque, parce que Nénette n’est pas dupe, elle sent confusément que cette truite tapie sous la roche, c’est l’autre embusquée au coin de la rue. Et que le coup du soir pourrait bien devenir le coup d’un soir…